Comment se débarrasser d’un nid de guêpes
© Andrey Zharkikh from Salt Lake City, USA · CC BY 2.0 · Wikimedia Commons

Comment se débarrasser d’un nid de guêpes

10 min de lecture Sources : ANSES, service-public

Danger — un nid attaqué se défend en masse
Une guêpe pique plusieurs fois de suite, sans perdre son dard, et libère une phéromone d’alarme qui déclenche l’attaque du reste de la colonie. Un nid mature abrite plusieurs milliers d’individus. Si vous êtes allergique, si le nid est en hauteur, ou s’il est logé dans un mur, n’intervenez pas vous-même : appelez un professionnel. Une réaction anaphylactique se joue en quelques minutes.

Le problème n’est presque jamais le nid lui-même : c’est le moment où vous décidez d’y toucher. Une colonie de guêpes vit tranquillement sous un débord de toit pendant tout le printemps sans que personne ne s’en aperçoive. Ce qui provoque les accidents, c’est un coup de bombe insecticide un dimanche à 15 h, une échelle bancale, et cinq mille guêpes qui sortent d’un coup.

L’autre erreur, celle qui transforme un problème extérieur en cauchemar intérieur, c’est de boucher l’entrée du nid. Les guêpes ne meurent pas enfermées : elles rongent. Elles perceront le plâtre, le bois ou l’isolant, et si le nid est logé dans une cloison, le nouveau passage peut très bien déboucher dans votre chambre.

Voici comment identifier ce à quoi vous avez affaire, quand agir, et où s’arrête ce qu’un particulier peut faire raisonnablement.

Reconnaître : guêpe, frelon européen ou frelon asiatique

Les trois n’ont ni le même comportement, ni le même nid, ni la même conduite à tenir. Le nid vous renseigne souvent mieux que l’insecte.

Guêpe commune Frelon européen Frelon asiatique
Taille 10-15 mm 25-35 mm 20-30 mm
Aspect Jaune vif et noir, très contrasté, taille très fine Roux, jaune et brun ; gros et bruyant Sombre, thorax noir, pattes jaunes, une seule large bande orangée sur l’abdomen
Nid Boule grise en papier mâché : sous toiture, volet roulant, cabanon, ou souterrain Volumineux, ouvert vers le bas, dans un tronc creux, une grange, une cheminée Grosse boule (jusqu’à 80 cm), souvent très haut dans un arbre, entrée latérale
Agressivité Forte près du nid ; opportuniste sur la nourriture sucrée Moins agressif qu’on le croit — il n’attaque qu’à proximité immédiate du nid Défend un large périmètre autour du nid (jusqu’à 5 m)
Conduite Traitement classique Espèce utile : à ne détruire que s’il y a un vrai risque Appelez la mairie avant tout : de nombreuses communes financent tout ou partie de la destruction

Deux précisions qui évitent des destructions inutiles. Le frelon européen a une très mauvaise réputation qu’il ne mérite pas : c’est un grand prédateur d’insectes, il est en déclin, et il ne pique que si l’on s’approche à moins d’un ou deux mètres du nid. S’il est installé loin des passages, le laisser vivre jusqu’à l’automne est souvent la meilleure décision — la colonie meurt seule aux premiers froids.

À l’inverse, le frelon asiatique (Vespa velutina) pose un vrai problème : il décime les ruches et son nid, perché à 10 ou 15 mètres, est totalement hors de portée d’un particulier. La perche télescopique vendue dans le commerce est un piège à accidents. Signalez-le à la mairie : c’est le premier réflexe, pas le dernier.

Enfin, ne confondez pas avec l’abeille : corps trapu, poilu, brun-jaune terne, qui ne s’intéresse pas à votre assiette. Un essaim d’abeilles accroché en grappe sur une branche n’est pas un nid : c’est un essaim de passage. Il ne se détruit pas — on appelle un apiculteur, qui vient le récupérer, souvent gratuitement.

Le protocole

Ce protocole ne vaut que pour un petit nid de guêpes accessible depuis le sol ou un escabeau stable, chez une personne non allergique, sans enfants ni animaux à proximité. Dans tous les autres cas, sautez directement à la section « professionnel ».

Protocole

  1. Étape 1 — Observez à distance pendant 24 h. Repérez le trou d’entrée exact (il n’y en a qu’un), le flux, et surtout le volume du nid. Un nid de la taille d’une balle de golf en avril, c’est une reine seule et quelques ouvrières : c’est le moment idéal. Le même nid en août fait la taille d’un ballon et contient des milliers d’individus.
  2. Étape 2 — Intervenez à la tombée de la nuit, ou à l’aube. C’est non négociable. La nuit, toutes les ouvrières sont rentrées, l’activité est nulle, et les guêpes ne volent pas dans le noir. En plein jour, la moitié de la colonie est dehors : vous ne traitez que la moitié du problème et vous vous faites encercler par l’autre.
  3. Étape 3 — Éclairez en rouge, jamais en blanc. Les guêpes ne perçoivent pas la lumière rouge. Une lampe frontale blanche pointée sur le nid, c’est une cible lumineuse : elles volent vers la source. Placez la lampe au sol, sur le côté, jamais sur votre tête.
  4. Étape 4 — Couvrez-vous intégralement. Vêtements épais et amples (une guêpe pique à travers un tee-shirt tendu), col fermé, capuche, gants, chaussettes par-dessus le pantalon, lunettes. Prévoyez une voie de repli dégagée et connue : la porte derrière vous, ouverte, sans obstacle.
  5. Étape 5 — Pulvérisez depuis la distance maximale du jet. Un aérosol « nid de guêpes » projette à 4-6 mètres : utilisez toute cette distance. Visez le trou d’entrée, videz longuement, puis reculez immédiatement et rentrez. Ne restez pas à regarder.
  6. Étape 6 — Attendez 24 à 48 h avant de décrocher le nid. Des butineuses attardées rentrent encore le lendemain. Retirez-le seulement quand l’entrée est totalement inactive, glissez-le dans un sac poubelle fermé, et jetez-le. Le nid vide ne sera pas réutilisé l’année suivante — mais l’emplacement, si.
  7. Ne jamais boucher l’entrée du nid (mousse expansive, mastic, chiffon). Les guêpes rongent : elles perceront un nouveau passage en quelques heures, et si le nid est dans un mur ou un caisson de volet, ce passage peut s’ouvrir vers l’intérieur de votre logement. C’est l’erreur la plus grave de toutes.
  8. Ne jamais brûler, noyer, ni frapper un nid, et ne jamais l’attaquer au jet d’eau. Aucune de ces méthodes ne tue la colonie ; toutes déclenchent une attaque groupée. Le feu sous un débord de toit ajoute un risque d’incendie à un risque de piqûres.

Quand faut-il intervenir dans l’année ?

Période État de la colonie Ce qu’il faut faire
Mars – avril Reine fondatrice seule, nid gros comme une noix Le meilleur moment : destruction simple, sans risque réel
Mai – juin Quelques dizaines à quelques centaines d’ouvrières Intervention encore raisonnable pour un particulier
Juillet – août Colonie à son maximum, plusieurs milliers d’individus Professionnel. C’est aussi la période des piqûres et des attaques groupées
Septembre – octobre Guêpes très agressives, en quête de sucre Professionnel si le nid est dans un lieu de passage
Novembre – hiver Colonie morte, seules les jeunes reines hivernent ailleurs Rien à faire : le nid est vide. Le retirer si l’emplacement gêne

Ce qui ne marche pas

  • Les faux nids en papier (« les guêpes sont territoriales et fuiront un nid concurrent ») : l’idée est jolie, l’efficacité n’est pas démontrée. Une reine qui a décidé de s’installer sous votre auvent s’y installe.
  • Les répulsifs à ultrasons : sans effet. Comme sur à peu près tous les insectes.
  • Les pièges à guêpes à la bière ou au sirop : ils capturent quelques dizaines d’ouvrières, ce qui ne représente rien à l’échelle d’une colonie qui en compte des milliers. Pire, un piège trop odorant attire les guêpes du voisinage vers votre terrasse. Ils sont utiles pour manger tranquille à trois mètres de la table, pas pour supprimer un nid.
  • Le vinaigre, le clou de girofle, les huiles essentielles, la fumée : au mieux un effet dissuasif de quelques minutes sur une guêpe isolée. Zéro effet sur le nid.
  • La bombe insecticide « en plein jour, vite fait » : la moitié de la colonie est en vol, elle revient, et vous êtes sur une échelle. C’est le scénario type de l’accident.

Quand appeler un professionnel

Il n’y a aucun héroïsme à faire soi-même. Appelez un désinsectiseur — ou les pompiers en cas de danger immédiat et avéré pour des personnes — dès qu’un de ces critères est rempli :

  • vous ou un proche êtes allergique aux piqûres d’hyménoptères ;
  • le nid est en hauteur : toiture, gouttière, arbre, façade — tout ce qui demande une échelle ;
  • le nid est dans une structure : mur creux, caisson de volet roulant, sous les tuiles, cheminée, isolant de combles. Il faut alors traiter par le trou d’entrée, avec une poudre insecticide, jamais boucher ;
  • c’est un frelon asiatique ;
  • le nid est près d’une porte, d’un jeu d’enfants, d’un poulailler ou d’une ruche ;
  • le nid mesure plus de 20-25 cm, ou vous êtes en plein été.

Prix constatés en France : 80 à 200 € pour une destruction de nid de guêpes accessible, en une intervention. Comptez 150 à 300 €, voire davantage, pour un nid de frelon asiatique en hauteur nécessitant une perche télescopique ou une nacelle.

Certaines communes et intercommunalités prennent en charge tout ou partie de la destruction des nids de frelons asiatiques : appelez la mairie avant de commander une intervention, c’est parfois plusieurs centaines d’euros d’économie. Les pompiers, eux, n’interviennent en principe plus pour les nids de guêpes ordinaires, sauf danger caractérisé (voie publique, école, personne allergique en péril).

Questions fréquentes

Une guêpe m’a piqué, que faire tout de suite ?

Retirez le dard s’il est resté (rare chez la guêpe, systématique chez l’abeille), lavez à l’eau et au savon, appliquez du froid. Une source de chaleur brève (le bout d’une cigarette approché sans toucher, un sèche-cheveux) dégrade une partie du venin, thermolabile, dans les premières minutes. Appelez le 15 immédiatement en cas de piqûre dans la bouche ou la gorge, de piqûres multiples, ou du moindre signe général : gonflement du visage, difficulté à respirer, malaise, urticaire généralisée.

Le nid est dans le caisson de mon volet roulant, que faire ?

N’ouvrez pas le caisson, ne bouchez pas le trou, et ne manœuvrez plus le volet. Le traitement se fait par injection de poudre insecticide dans l’orifice d’entrée, depuis l’extérieur : les guêpes s’en enduisent et la répartissent dans le nid. C’est typiquement une intervention de professionnel, précisément parce que la moindre erreur ouvre un passage vers l’intérieur de la pièce.

Les guêpes reviendront-elles au même endroit l’année prochaine ?

Pas dans le même nid — il est abandonné définitivement à l’automne et jamais réoccupé. Mais l’emplacement, lui, a toutes les qualités qui ont séduit la première reine : abri, sec, exposé. Une nouvelle fondatrice peut très bien s’y réinstaller au printemps. Une fois le nid retiré, obturez la cavité concernée en hiver, colonie morte, quand il n’y a plus aucun risque.

Peut-on détruire un nid de frelon asiatique soi-même ?

Non. Le nid est presque toujours perché haut, la colonie défend un large périmètre, et les kits « perche + insecticide » vendus en ligne sont responsables d’accidents graves : vous vous retrouvez seul, en haut d’une échelle, sous un nid qui se vide. C’est un cas de professionnel équipé, et souvent d’une prise en charge partielle par la commune.

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Références utiles