Comment se débarrasser des pucerons
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Comment se débarrasser des pucerons

10 min de lecture Sources : Écophyto, ministère de l’Agriculture

Vous pulvérisez, les pucerons disparaissent, et huit jours plus tard la colonie est de retour, plus dense qu’avant. Ce n’est pas votre produit qui est en cause : c’est la biologie du puceron, et le fait que quelque chose, sur votre plante, travaille contre vous.

Deux faits expliquent l’essentiel des échecs. Le premier : le puceron se reproduit par parthénogenèse. La femelle n’a besoin d’aucun mâle pour se reproduire, et elle ne pond même pas — elle met au monde des femelles déjà vivantes, elles-mêmes porteuses de la génération suivante. Une seule femelle oubliée sous une feuille suffit à reconstituer toute la colonie en une dizaine de jours.

Le second : les fourmis. Elles montent sur la plante, elles « traient » les pucerons pour récolter leur miellat sucré, et en échange elles les défendent — elles chassent les coccinelles, déplacent les pucerons vers les jeunes pousses, en réintroduisent au besoin. Tant qu’il y a des fourmis sur la tige, vous ne gagnerez pas.

Voici la méthode qui tient, et ce qu’il faut arrêter de faire.

Reconnaître les pucerons

Le puceron mesure 1 à 3 mm, il est en poire, mou, muni de deux petits tubes à l’arrière de l’abdomen (les cornicules) — c’est le détail qui l’identifie à coup sûr. Il peut être vert, noir, brun, rose, jaune ou gris cendré selon l’espèce et la plante : la couleur ne vous apprend rien d’utile.

Ce qui compte, c’est il est, et ce qu’il laisse derrière lui.

  • Les jeunes pousses et les boutons floraux : le puceron pique les tissus tendres pour aspirer la sève. Il colonise les extrémités, jamais le vieux bois.
  • Le revers des feuilles : c’est là qu’il se cache, à l’abri du soleil et de la pluie — et c’est pour cela qu’un traitement pulvérisé sur le dessus des feuilles ne sert à rien.
  • Les feuilles enroulées, crispées, déformées : la salive du puceron est toxique pour les tissus. Une feuille recroquevillée sur elle-même abrite presque toujours une colonie à l’intérieur.
  • Le miellat : un dépôt collant et brillant sur les feuilles, les tiges, et sur tout ce qui se trouve dessous (dalles, mobilier, capot de voiture sous un tilleul). C’est l’excrément sucré du puceron.
  • La fumagine : un feutrage noir suie qui pousse sur le miellat. Ce champignon ne parasite pas la plante, mais il masque la lumière et bloque la photosynthèse. Sa présence signale une infestation ancienne.
  • Les fourmis qui montent et descendent la tige : signe capital. Une file de fourmis sur un rosier ou un jeune arbre fruitier, c’est un élevage de pucerons en cours.

Ne confondez pas avec les aleurodes (mouches blanches qui s’envolent en nuage quand on secoue la plante), les cochenilles farineuses (amas blancs cotonneux immobiles dans les aisselles) ou les acariens rouges (points minuscules et fines toiles, feuillage piqueté de gris). Les traitements ne sont pas les mêmes.

Le protocole

Protocole

  1. Étape 1 — Retirer le gros de la colonie à la main. Sur les tiges très chargées, écrasez entre le pouce et l’index (gant fin si le cœur vous manque), ou passez un jet d’eau ferme sous les feuilles. Un puceron tombé au sol remonte rarement. Sur une pousse totalement colonisée et déformée, coupez : vous éliminez plusieurs centaines d’individus d’un coup et la plante repartira.
  2. Étape 2 — Traiter au savon noir. C’est le traitement de référence, et il est bon marché. Dosage : 1 cuillère à soupe de savon noir liquide par litre d’eau tiède (l’eau tiède le dissout, l’eau froide le laisse en grumeaux). Pas plus concentré : au-delà, vous brûlez le feuillage. Le savon noir agit par contact — il dissout la cuticule cireuse du puceron, qui se déshydrate et meurt. Corollaire décisif : ce qui n’est pas touché n’est pas tué.
  3. Étape 3 — Pulvériser sur le REVERS des feuilles. C’est le geste qui fait toute la différence, et c’est celui qu’on oublie. Retournez les feuilles, remontez la buse par en dessous, imprégnez les jeunes pousses, les boutons, les aisselles. Traitez le soir ou tôt le matin, jamais en plein soleil : le savon associé aux rayons brûle les feuilles, et il sèche avant d’avoir agi. Jamais non plus juste avant une pluie, qui le lessive.
  4. Étape 4 — Recommencer 3 fois, à 5-7 jours d’intervalle. Non négociable, à cause de la parthénogenèse : chaque femelle survivante relance une colonie. Trois passages espacés d’une semaine rattrapent les individus manqués et les nouveau-nés. Un traitement unique donne l’illusion d’un succès pendant huit jours.
  5. Étape 5 — Couper la route aux fourmis. Tant qu’elles montent, elles protègent l’élevage et réintroduisent des pucerons. Posez une bande de glu (colle arboricole) autour du tronc des arbustes et des jeunes arbres, ou une barrière de graisse ; supprimez les « ponts » (branche basse touchant le sol, tuteur, mur, plante voisine) qui permettent de contourner la bande. Si la fourmilière est identifiée et gênante, traitez-la à part, à l’appât — voir notre guide sur les fourmis.
  6. Étape 6 — Installer les prédateurs. Une larve de coccinelle dévore jusqu’à 100 pucerons par jour — bien plus que l’adulte, et c’est elle qu’il faut protéger : cette petite bestiole grise et noire, allongée, qui ressemble à un minuscule alligator, n’est pas un ravageur. On peut acheter des larves (en jardinerie ou par correspondance, 15 à 30 € la boîte) et les lâcher le soir, au pied de la plante infestée. Chrysopes, syrphes et perce-oreilles font le même travail. Laissez une bande d’orties, de fenouil ou d’achillée à proximité : c’est ce qui les fixe durablement.
  7. Ne jamais traiter en plein soleil ni en pleine chaleur. Le savon noir cuit littéralement le feuillage sous les rayons directs, et sèche avant d’avoir agi. Traitez le soir. Même règle pour les huiles.
  8. Ne pas pulvériser d’insecticide à large spectre. Il tue les pucerons — et avec eux les coccinelles, les syrphes, les chrysopes et les abeilles. Les pucerons, eux, reviennent en dix jours par parthénogenèse, sans plus aucun prédateur en face. Vous obtenez une rechute pire que l’infestation initiale. C’est l’erreur la plus coûteuse du jardin.

Comparer les méthodes honnêtement

Méthode Efficacité réelle Délai À utiliser quand
Savon noir (1 c. à s. / litre) Élevée, par contact Immédiat, à répéter ×3 La méthode de référence. Toutes plantes, potager compris
Jet d’eau ferme Moyenne, mécanique Immédiat Première passe sur rosier ou arbuste robuste, avant le savon
Larves de coccinelles Élevée et durable Quelques jours Colonie installée, jardin sans insecticide. 100 pucerons/jour/larve
Huile de colza / blanc arboricole Élevée (asphyxie) Immédiat Arbres fruitiers, hors floraison et hors forte chaleur
Bande de glu sur le tronc Indirecte mais décisive Continu Dès qu’il y a des fourmis. Sans elle, les rechutes sont garanties
Plantes compagnes (capucine, œillet d’Inde, sarriette) Préventive Saison Au potager, en amont. La capucine sert de plante-piège
Purin d’ortie Nulle en tant qu’insecticide C’est un fortifiant azoté, pas un traitement. Voir ci-dessous
Insecticide à large spectre Contre-productive Quasiment jamais : détruit les prédateurs, la colonie revient seule

Ce qui ne marche pas

Le purin d’ortie — et c’est la confusion la plus répandue du jardinage. Le purin d’ortie n’est pas un insecticide. C’est un engrais azoté, un fortifiant : il stimule la croissance et renforce la plante. Or l’azote favorise la production de pousses tendres et gorgées de sève — exactement ce dont le puceron raffole. Arroser copieusement de purin d’ortie une plante infestée peut donc aggraver le problème.

Il a sa place au jardin, en arrosage au pied, au printemps, sur des plantes saines. Contre les pucerons installés, il ne fait rien. (Le purin de fougère, lui, a une action insectifuge documentée, mais c’est un autre produit.)

  • Le liquide vaisselle à la place du savon noir. Les détergents ménagers contiennent des tensioactifs et des additifs qui brûlent le feuillage. Le savon noir, à base d’huile végétale et de potasse, coûte 5 € le litre et se dilue pour des mois.
  • Doser plus fort « pour être sûr ». À 3 ou 4 cuillères par litre, vous ne tuez pas mieux : vous nécrosez les feuilles. Une cuillère à soupe par litre, trois fois. C’est tout.
  • Traiter le dessus des feuilles. Le puceron est dessous. Vous rincez la poussière.
  • Un seul passage. Une femelle rescapée reconstitue la colonie en dix jours. Trois passages, sept jours d’écart.
  • Ignorer les fourmis. Vous videz la plante, elles la repeuplent. C’est le mécanisme central des rechutes « inexplicables ».
  • Le marc de café, la cendre, les ultrasons, la banane enterrée au pied du rosier. Aucune efficacité démontrée sur le puceron.
  • Écraser les coccinelles ou leurs larves parce qu’on ne les reconnaît pas. La larve — allongée, gris-noir tachée d’orange, une allure de petit crocodile — est votre meilleur allié. Apprenez à la reconnaître avant de nettoyer une tige.

Quand appeler un professionnel

Pour quelques rosiers ou un potager, aucune raison : le protocole ci-dessus suffit. Faites appel à un professionnel — élagueur, paysagiste, technicien phyto — quand :

  • l’infestation touche de grands arbres (tilleul, érable, fruitiers hautes tiges) : le miellat dégouline sur la terrasse et les voitures, et la pulvérisation en hauteur exige un matériel que vous n’avez pas ;
  • vous avez affaire au puceron lanigère du pommier — ces amas cotonneux blancs sur l’écorce et les branches, qui provoquent des chancres. Ce n’est plus un simple problème de feuillage, c’est un problème d’arbre ;
  • il s’agit d’une serre ou d’une production : on passe alors en lutte biologique intégrée, avec lâchers de parasitoïdes (Aphidius colemani) calibrés ;
  • vous constatez une virose transmise par les pucerons (mosaïques, jaunissements, déformations sur cucurbitacées, tomates, arbres fruitiers) : il faut un diagnostic, la plante malade ne se soigne pas.

Questions fréquentes

Pourquoi les pucerons reviennent-ils à chaque fois ?

Deux raisons, presque toujours. La parthénogenèse d’abord : une femelle survivante — sous une feuille enroulée, dans un bouton — engendre une colonie entière sans mâle, en une dizaine de jours. Les fourmis ensuite : si elles montent encore sur la tige, elles protègent et réapprovisionnent l’élevage. Traitez trois fois, sous les feuilles, et posez une bande de glu. Les rechutes cessent.

Le savon noir est-il dangereux pour les coccinelles et les abeilles ?

Il agit par contact et sans rémanence : une fois sec, il n’a plus d’effet. Il peut toutefois tuer une coccinelle ou une larve directement mouillée. D’où la règle : traiter le soir, quand les pollinisateurs ne butinent plus, et viser les colonies de pucerons plutôt que d’asperger la plante entière. C’est incomparablement plus sûr qu’un insecticide, qui, lui, reste actif et tue tout pendant des jours.

Peut-on manger les légumes traités au savon noir ?

Oui. Il suffit de rincer à l’eau claire avant consommation. Le savon noir est autorisé en agriculture biologique et ne laisse pas de résidu persistant. Respectez tout de même un délai de quelques jours entre le traitement et la récolte, par simple bon sens.

Faut-il tuer les fourmis pour se débarrasser des pucerons ?

Pas nécessairement les tuer : il suffit de les empêcher d’accéder à la plante. La bande de glu autour du tronc règle le problème sans détruire la colonie, qui rend par ailleurs des services au jardin. Ne recourez à l’appât que si la fourmilière est envahissante par elle-même.

Les capucines attirent-elles les pucerons ? Est-ce un bien ou un mal ?

Elles les attirent, et c’est voulu : la capucine sert de plante-piège. On l’installe à quelques mètres du potager ou des rosiers, elle concentre le puceron noir, et on la traite ou on l’arrache le moment venu. Attention à ne pas la planter dans le massif à protéger : trop près, le piège devient un réservoir.

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Références utiles