Comment se débarrasser des chauves-souris sous le toit
© Gilles San Martin from Namur, Belgium · CC BY-SA 2.0 · Wikimedia Commons

Comment se débarrasser des chauves-souris sous le toit

13 min de lecture Sources : ANSES, OFB

Espèce intégralement protégée — la question n’est pas « comment m’en débarrasser »
Toutes les espèces de chauves-souris présentes en France sont intégralement protégées (arrêté du 23 avril 2007, article L411-1 du code de l’environnement). Interdit de les tuer, de les capturer, de les déranger ; interdit de détruire ou d’altérer leur gîte — y compris quand ce gîte est votre grenier. C’est un délit : jusqu’à 3 ans d’emprisonnement et 150 000 € d’amende (article L415-3). Colmater un trou d’envol en juillet, pulvériser un insecticide dans les combles, décrocher un individu d’une poutre : trois infractions. La seule voie légale, l’exclusion, n’est praticable que quelques semaines par an.

Le scénario est toujours le même. À la fin du printemps, de petites crottes noires apparaissent sous l’about de toiture ou sur un rebord de fenêtre. Puis des froissements légers au grenier, des couinements aigus au crépuscule. Et un soir, une silhouette sort en tourbillonnant d’un interstice sous les tuiles. Puis une deuxième. Puis quinze.

Le réflexe est immédiat : monter à l’échelle et boucher le trou. C’est exactement le geste à ne pas faire, pour deux raisons cumulatives. La première est juridique : c’est un délit, constaté chaque année. La seconde est très concrète : entre mai et août, ce trou est la sortie d’un gîte de mise bas. Derrière, il y a des jeunes qui ne volent pas encore. Les enfermer, c’est les condamner — et se retrouver avec des cadavres en décomposition dans une cloison qu’on ne pourra pas ouvrir.

La bonne question n’est donc pas « comment m’en débarrasser », mais « comment les faire partir légalement, et quand ». La réponse tient dans un calendrier et dans un dispositif qui ne coûte presque rien.

Reconnaître : est-ce bien une chauve-souris ?

Un bruit dans les combles peut venir d’un loir, d’un rat ou d’une fouine — et aucun ne se traite comme une chauve-souris. Trois indices tranchent.

Les crottes : le test des doigts

Le guano ressemble à une crotte de souris : 5 à 10 mm, noire, allongée. Mais il est sec et friable et ne contient que des restes d’insectes. Écrasez-le entre deux doigts gantés : il se réduit en une poudre qui brille — les fragments de chitine des élytres et des ailes. Une crotte de rongeur est dure, un peu grasse, elle ne se pulvérise pas et ne scintille pas. Le critère le plus fiable, et il se lit en dix secondes.

Le bruit, et l’heure

Une chauve-souris ne ronge rien, ne creuse rien, ne traîne rien : aucun grignotage, aucun objet roulé, aucun galop. Ce qu’on entend, c’est un froissement d’ailes et des couinements aigus, à deux moments seulement : dans l’heure qui précède la sortie du soir, et au retour, avant l’aube. Du bois rongé ou des câbles attaqués désignent un autre animal.

Le comptage au crépuscule

L’examen décisif, et il est gratuit. Installez-vous dehors 20 minutes avant le coucher du soleil, en vue de la façade suspecte. Les chauves-souris sortent 15 à 30 minutes après le coucher du soleil, une par une. Comptez-les : vous saurez d’un coup si elles sont là, combien elles sont et surtout par où elles sortent. Recommencez sur l’autre pignon — on découvre presque toujours une deuxième sortie.

Chauve-souris Loir / lérot Rat / souris Fouine
Crottes 5-10 mm, sèches, friables et brillantes (débris d’insectes) Petites, ovales, dures 1-2 cm (rat), 5 mm (souris), dures 5-8 cm, torsadées, avec poils et noyaux
Bruit Froissements, couinements au crépuscule et à l’aube Trottinement ; silence d’octobre à avril Grattements continus, grignotage Galop lourd, objets traînés, cris rauques
Dégâts Aucun : ne ronge pas, ne fait pas de nid Isolation tassée, réserves de noisettes Câbles rongés, emballages, gaines Isolation déchirée, câbles et durites rongés

Ce qu’elle fait chez vous — et ce qu’elle ne fait pas

Une chauve-souris n’est pas un rongeur. Elle ne ronge ni le bois, ni les câbles, ni l’isolant, ne construit aucun nid, ne stocke rien, ne creuse rien, n’attaque pas et fuit l’homme. Elle se suspend dans un volume sombre et chaud — sous une tuile, dans un about de toiture, derrière un bardage, dans un caisson de volet roulant — et repart chasser la nuit.

Et elle rend service. Une pipistrelle commune, l’espèce la plus fréquente dans le bâti (4 à 5 cm de corps, 5 à 8 grammes), consomme plusieurs centaines à plus de 2 000 petits insectes par nuit : moustiques, moucherons, papillons de nuit.

Les vrais désagréments sont au nombre de deux : le bruit au crépuscule dans une chambre mansardée, et le guano qui s’accumule sous le gîte. Des problèmes de propreté, pas de destruction du bâti — et l’un des deux se règle avec une planche.

Le calendrier commande tout

Il n’existe pas de bonne méthode indépendante de la date : la même intervention est anodine en octobre et constitue un délit doublé d’un massacre en juillet.

Période Ce qui se passe dans le gîte Ce que vous pouvez faire
Novembre à mi-mars Hibernation. Léthargie, température corporelle effondrée : chaque réveil forcé coûte des jours de réserves de graisse Rien. Aucun travail bruyant, aucune fermeture d’accès. Réveiller un hibernant, c’est le tuer à retardement
Fin mars à mi-avril Sortie d’hibernation, retour progressif des femelles. Pas encore de jeunes Fenêtre secondaire, étroite : exclusion possible seulement si le gîte est vérifié vide, après avis d’un spécialiste
Mi-avril à mai Constitution de la colonie de mise bas : 20 à 200 femelles selon l’espèce, gestations en cours Rien. Il est déjà trop tard pour exclure
Juin à mi-juillet Naissances vers la mi-juin. Les jeunes sont nus, accrochés au plafond du gîte, incapables de voler Rien, absolument rien. On ne touche à aucun accès, on ne monte pas au grenier, on ne fait pas de travaux de toiture
Mi-juillet à août Les jeunes volent (3 à 4 semaines après la naissance) mais reviennent au gîte. La colonie se disloque Encore rien. On prépare : repérage des sorties, matériel, devis du couvreur
Septembre à octobre Le gîte se vide, les animaux gagnent les sites d’hibernation. Nuits encore douces LA fenêtre. Pose des anti-retour, vérification, colmatage définitif, nettoyage du guano, travaux

Une phrase à retenir : on n’exclut jamais entre le 1er mai et le 31 août, ni entre novembre et mars. Il reste septembre, octobre, et une fenêtre étroite en fin d’hiver. Et comme les femelles sont d’une fidélité extrême à leur gîte — les mêmes reviennent au même endroit d’une année sur l’autre, parfois pendant des décennies —, une exclusion bâclée se solde toujours par un retour au printemps suivant.

L’exclusion : la seule méthode légale

Le principe est celui d’une porte à sens unique : on ne touche pas aux animaux, on pose sur chaque sortie un dispositif qui les laisse tomber vers l’extérieur et les empêche de remonter. En quelques nuits, le gîte se vide seul. On ferme alors définitivement.

Protocole

  1. Appeler avant de toucher à quoi que ce soit. Le réseau SOS Chauves-souris, animé par la Société française pour l’étude et la protection des mammifères (SFEPM) et relayé par les Groupes Chiroptères régionaux, répond gratuitement et se déplace souvent gratuitement : identification de l’espèce, datation du cycle, validation de la date. Sur un gîte connu, ils vous diront si une dérogation « espèces protégées » auprès de la DREAL est nécessaire — c’est ce papier qui vous protège juridiquement.
  2. Trouver toutes les sorties, au crépuscule. Deux ou trois soirs de comptage, sur chaque façade. Un accès de 15 à 20 mm suffit à une pipistrelle : disjointement de faîtage, tuile de rive soulevée, about de toiture, jonction bardage-mur, caisson de volet roulant. En oublier une, c’est perdre l’année.
  3. Poser les systèmes anti-retour, en septembre ou octobre. Sur chaque sortie, une « chaussette » : un tube souple de moustiquaire fine ou de bâche légère, 40 à 60 cm de long, fixé sur trois côtés autour de l’orifice, ouvert vers le bas. L’animal se laisse tomber dedans et s’envole ; au retour, il ne retrouve pas l’entrée et ne peut pas remonter. Toutes les sorties équipées le même soir.
  4. Laisser en place 5 à 7 nuits favorables : sèches, sans vent fort, au-dessus de 10 °C. Par temps froid ou pluvieux, elles ne sortent pas — comptez les nuits utiles, pas les jours du calendrier.
  5. Vérifier que le gîte est vide. Deux crépuscules consécutifs sans aucune sortie. Le doute se lève avant de fermer, jamais après.
  6. Colmater définitivement. Mastic, mousse, tôle, remise en place des tuiles, peignes de rive : n’importe quel matériau tient, puisque l’animal ne ronge pas. La fermeture n’a pas besoin d’être blindée, seulement étanche.
  7. Offrir un gîte de remplacement. Un nichoir sur le pignon sud, à 4 m de haut minimum, posé avant l’exclusion (25 à 60 €). L’adoption n’est pas garantie, mais mieux vaut qu’elles s’installent là que derrière votre bardage.
  8. Ne jamais colmater entre mai et août. Les jeunes ne volent pas : vous les enfermez et ils meurent sur place. C’est un délit, et c’est une charogne dans votre charpente.
  9. Ne jamais poser d’anti-retour en hiver. Un animal en léthargie ne sort pas : il sera enfermé, ou tué par les réveils forcés.
  10. Ne jamais manipuler une chauve-souris à mains nues, même morte. Gants épais obligatoires. Un individu échoué au sol : on appelle SOS Chauves-souris.
  11. Aucun insecticide, aucun fumigène, aucun répulsif chimique. Inefficace sur un mammifère, toxique en volume confiné, et juridiquement qualifié de dérangement d’espèce protégée.

Le guano : nettoyer sans risque, et le récupérer

Le guano ne dégrade pas le bâti, mais il tache et ne se manipule pas n’importe comment. Le risque cité est l’histoplasmose, une infection respiratoire due à un champignon qui se développe dans les fientes accumulées. Honnêtement : il est rare en France métropolitaine et concerne surtout les gros volumes anciens en milieu confiné. Mais la précaution coûte quelques euros, alors on la prend.

  • Masque FFP3 (pas un masque en tissu), gants, lunettes, aération large.
  • Ne balayez jamais à sec, pas de souffleur : vous mettriez en suspension une poussière fine que vous respireriez ensuite pendant une heure. Humidifiez au pulvérisateur, laissez agir, ramassez à la pelle.
  • Aspirateur seulement s’il a un filtre HEPA : un modèle ordinaire recrache la poussière fine.
  • À faire en septembre-octobre, gîte vide.

Et le bon usage : le guano de chauve-souris est un excellent engrais, très riche en azote et en phosphore. C’est même le produit que les jardineries vendent sous ce nom. Épandez-le à petite dose, incorporé au sol, au pied des tomates ou des rosiers. Ce que vous ramassez au grenier, d’autres l’achètent.

Si vous acceptez la colonie — souvent le choix le plus simple —, posez une planche ou une bâche sous le gîte. Vous la videz deux fois par an, le grenier reste propre, et vous gardez vos chasseuses de moustiques. Le réseau associatif propose même une convention « Refuge pour les chauves-souris », gratuite.

Ce qui ne marche pas — et ce qui est illégal

  • Les répulsifs à ultrasons. Aucune efficacité durable démontrée sur une colonie installée : l’animal s’habitue ou change de recoin. 30 à 60 € pour déplacer le problème de deux mètres — et, en droit, pour déranger une espèce protégée.
  • La naphtaline et les boules antimites. Effet quasi nul, vapeurs nocives en volume clos, et la naphtaline n’est plus autorisée à la vente au grand public.
  • La lumière et la radio en continu. Cela gêne effectivement les animaux — et c’est précisément le problème : le dérangement dans le gîte est ce que la loi interdit. Pas une astuce : une infraction.
  • Les insecticides et les fumigènes. Sans effet sur des mammifères, toxiques, illégaux. Si une société de « dératisation » propose de traiter des chauves-souris, elle propose de commettre un délit à votre place — et c’est vous, propriétaire, qui serez inquiété.

Qui appeler, et ce que ça coûte

Le premier appel est gratuit : le réseau SOS Chauves-souris de la SFEPM, ou le Groupe Chiroptères de votre région. Passer par eux, c’est aussi votre meilleure protection juridique si l’on vous demande des comptes.

Prestation Prix indicatif
Diagnostic et conseil (SOS Chauves-souris / Groupe Chiroptères) Gratuit
Matériel d’exclusion (moustiquaire, bâche, agrafes, mastic) 20 – 60 €
Couvreur : pose des anti-retour + colmatage, façade accessible 250 – 600 €
Idem avec nacelle ou échafaudage (toit haut ou pentu) 600 – 1 500 €
Nettoyage de combles fortement souillés 300 – 800 €
Remplacement de l’isolation souillée 25 – 60 € / m²

Questions fréquentes

Les chauves-souris sont-elles porteuses de la rage ?

Le risque existe, mais il est très faible. Quelques chauves-souris en France portent des lyssavirus européens, apparentés au virus de la rage, détectés surtout chez la sérotine commune ; les cas humains recensés en Europe se comptent sur les doigts d’une main en plusieurs décennies. Il n’y a aucun risque à cohabiter avec une colonie : le virus ne se transmet ni par le guano, ni par l’air, ni par le voisinage.

La règle tient en une ligne : ne jamais toucher une chauve-souris à mains nues, vivante ou morte, et ne pas laisser un enfant le faire. En cas de morsure ou de griffure, consultez sans délai un médecin ou un centre antirabique — la conduite à tenir relève d’eux, pas d’un article.

Une chauve-souris est entrée dans une pièce, que faire ?

Elle est perdue et ne vous attaquera pas. Éteignez la lumière, ouvrez grand une fenêtre, fermez la porte et sortez : elle repart seule en quelques minutes. Si elle s’est posée et ne bouge plus, prenez des gants épais : couvrez-la d’une boîte en carton, glissez un carton rigide dessous et relâchez-la dehors en hauteur, à la tombée de la nuit. La plupart des espèces ne décollent pas depuis le sol.

Puis-je faire refaire ma toiture s’il y a une colonie ?

Oui, mais pas n’importe quand. Prévenez le Groupe Chiroptères en amont : les travaux se calent en septembre-octobre, ou en hiver après vérification, et une dérogation « espèces protégées » instruite par la DREAL peut être nécessaire. Prévenez aussi votre couvreur. Une entreprise qui découvre une colonie en juillet doit interrompre le chantier, et mieux vaut l’avoir écrit dans le devis que le découvrir sur le toit.

Et si je décide de les garder ?

C’est souvent le choix le plus économique et le plus efficace. Une planche sous le gîte règle la question du guano, un point de mastic bien placé règle le passage vers les pièces de vie, et les animaux repartent d’eux-mêmes fin août. Ni rongeurs, ni dégâts, ni odeur, et nettement moins de moustiques en juillet. C’est le seul cas, sur ce site, où l’on peut recommander de ne rien faire.

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