Comment se débarrasser des mulots
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Comment se débarrasser des mulots

14 min de lecture Sources : ANSES, OFB

Les pois n’ont pas levé. En grattant la ligne, vous ne trouvez rien : les graines ont été déterrées et emportées, une à une, proprement. Dans la remise, le sac de graines pour oiseaux est percé et une petite réserve de noisettes s’est constituée dans une botte. Au potager, quelques trous nets de la taille d’une pièce, sans monticule de terre autour.

C’est le mulot. Et la première chose à faire, avant d’acheter quoi que ce soit, est de vérifier que c’en est bien un. Trois animaux très différents sont systématiquement confondus sous ce nom : ils ne font pas les mêmes dégâts, et ne se traitent pas de la même façon.

Si vos bulbes sont évidés et vos racines sectionnées sans que rien n’ait bougé en surface, ce n’est pas un mulot : c’est un campagnol. Si les crottes sont partout dans la cuisine et que ça sent le musc dans le placard, c’est une souris grise.

Le mulot, lui, est un animal des haies et des lisières qui vient prendre des graines — et qui entre dans les bâtiments à l’automne, quand le froid tombe. Le combattre, c’est protéger des semis et fermer une maison, pas répandre du poison.

Mulot, campagnol ou souris : le diagnostic

Le mulot sylvestre (Apodemus sylvaticus) se reconnaît en un coup d’œil, à condition de savoir quoi regarder : de très grands yeux noirs saillants, de grandes oreilles bien dégagées du pelage, une queue aussi longue que le corps, un dos brun-fauve chaud et un ventre blanc nettement démarqué.

Ses pattes arrière sont longues : il ne trotte pas, il saute, par bonds de plusieurs dizaines de centimètres. Un rongeur qui détale d’un bond dans le jardin est un mulot ; un rongeur qui longe une plinthe en trottinant est une souris.

Mulot sylvestre Campagnol (des champs et terrestre) Souris grise
Silhouette Élancé, pattes arrière longues, il saute Trapu, ramassé, museau court et arrondi Fin, museau pointu, il court
Yeux et oreilles Grands yeux noirs, grandes oreilles Petits yeux, oreilles minuscules cachées dans le pelage Yeux et oreilles moyens
Queue Aussi longue que le corps Courte, un tiers du corps environ Aussi longue que le corps, nue et annelée
Couleur Brun-fauve dessus, ventre blanc net Brun-gris uniforme, terne Gris uniforme, ventre à peine plus clair
Régime et dégâts Graines, semis déterrés, noisettes, glands, fruits, insectes. Fait des réserves Racines, bulbes en place, collets, herbe. Sectionne les racines des jeunes arbres Tout ce qui se mange dans un bâtiment
Haies, lisières, potager, remise, garage — surtout en automne Prairies, potagers, vergers. Coulées dans l’herbe À l’intérieur, toute l’année
Indice décisif Graines semées déterrées, réserves cachées Plante qui s’affaisse d’un coup, racine sectionnée net, bulbe évidé sur place Crottes partout, traces grasses le long des murs

Le test le plus simple reste celui de la plante qui meurt. Tirez doucement sur le pied de salade ou le jeune pommier qui dépérit : s’il vient tout seul, racines rongées, c’est un campagnol. Le mulot, lui, ne s’en prend pas aux racines en place — il vole ce qui est stocké, semé ou tombé.

Ce qu’il abîme réellement

  • Les semis. Son terrain de prédilection : pois, haricots, fèves, maïs, courges, tournesol — toutes les grosses graines riches, qu’il repère à l’odeur sous la terre fraîchement remuée. Il vide une ligne en une nuit.
  • Les bulbes fraîchement plantés (tulipes, crocus) : la terre remuée le guide. Les bulbes anciens, bien installés, sont plutôt l’affaire du campagnol.
  • Les réserves. Graines pour oiseaux, croquettes, sacs de semences, noisettes, pommes stockées. Il y constitue ses propres réserves, dans une botte, un pot, un tiroir.
  • Les fruits au sol et les jeunes pousses de la serre, godets compris.
  • Les câbles et l’isolation. Dans les combles, il déchiquette l’isolant pour son nid. Sous le capot d’une voiture peu utilisée, il ronge durites et faisceaux électriques — un sinistre qui se chiffre vite en centaines d’euros.

Ses populations sont cycliques : après un automne riche en glands, faînes et noisettes, les effectifs explosent au printemps suivant. Une année à mulots n’annonce pas dix ans de guerre.

Au jardin : rendre le terrain inhospitalier

Le mulot n’a que deux exigences : de la nourriture accessible et un abri à moins de quelques mètres. Il ne s’aventure jamais longtemps à découvert — il est lui-même une proie, et il le sait. Supprimez le couvert, et la moitié du problème disparaît sans piège ni produit.

Supprimer les abris

  • Fauchez une bande rase de 50 cm à 1 m tout autour du potager, du verger et des murs de la maison. Une herbe haute au ras d’une planche de semis, c’est une piste de lancement.
  • Rangez le bois de chauffage surélevé (30 cm minimum) et loin des murs — jamais adossé à la maison. Un tas de bûches contre la façade est le meilleur hôtel à mulots qui soit, et il les met à un mètre de vos combles.
  • Le paillage : nuance. Il est excellent pour le sol, mais un paillis épais et permanent est aussi un couloir couvert. Compromis raisonnable : dégagez le paillage sur 20 à 30 cm autour du collet des jeunes arbres et des plants sensibles, et allégez-le en hiver dans les zones où vous avez des dégâts.
  • Ramassez les fruits tombés, fermez le composteur, ne laissez pas de tas de tontes ni de vieux plastiques traîner en bordure.

Protéger physiquement — la seule chose qui tienne

  • Semez sous grillage. Une maille de 5 à 6 mm (grillage soudé fin, dit « à volière ») posée en tunnel ou à plat sur la ligne, jusqu’à la levée. Compter 5 à 10 € le mètre carré, réutilisable des années. C’est la parade la plus efficace du dossier.
  • Semez en godets à l’abri (serre fermée, sur une table, hors de portée) et repiquez des plants déjà développés. Le mulot mange la graine, pas le plant : vous le privez simplement de sa cible.
  • Cloches et mini-serres sur les semis précoces, à condition qu’elles reposent bien au sol.
  • Paniers à bulbes en grillage (3 à 8 € pièce), ou une bonne poignée de gravier grossier tassée juste au-dessus du bulbe à la plantation : les rongeurs répugnent à creuser dans un matériau coupant.
  • Manchon grillagé enterré de 10 à 15 cm autour du collet des jeunes arbres fruitiers. Cette protection vise surtout le campagnol, mais elle ne coûte presque rien.

Le levier durable : les prédateurs

C’est la partie que la plupart des jardiniers négligent, et c’est pourtant la seule qui produise un effet dans la durée, sans entretien ni recharge.

  • La chouette effraie. Le meilleur allié qui soit : elle consomme en moyenne deux à cinq rongeurs par nuit, et un couple qui élève une nichée en prélève plusieurs milliers dans la saison. Elle niche volontiers dans une grange, un pignon, un clocher. Un nichoir à effraie (caisse d’environ 80 × 40 × 40 cm, trou d’envol de 12 à 15 cm, posé à 4 m minimum du sol, à l’abri de la pluie et des vents dominants, accès dégagé) coûte 60 à 150 € tout fait, moins en le construisant. Patience : l’occupation prend souvent une à trois saisons.
  • Les rapaces diurnes (buse, faucon crécerelle). Un perchoir en T — piquet de 2,5 à 3 m surmonté d’une barre, un tous les 50 à 100 m — leur offre un poste d’affût dans le verger ou en bordure de prairie. C’est gratuit, et l’effet sur les mulots et les campagnols est réel.
  • L’hermine et la belette. Elles chassent dans les galeries, ce qu’aucun autre prédateur ne fait. On les favorise avec un tas de pierres ou un muret sec — mais en périphérie, jamais contre le potager ni contre la maison, sans quoi vous abritez aussi le mulot.
  • Le chat. Efficace autour des bâtiments, où il maintient une pression constante. Il prélève aussi des oiseaux : un collier à grelot limite la casse.

Un jardin qui garde ses haies, ses perchoirs et ses vieux bâtiments régule ses rongeurs tout seul. Un jardin sans prédateur connaît des explosions de population — et c’est exactement ce que produit le poison.

Le poison : pourquoi il faut l’écarter

Raticides et chaîne alimentaire
Les appâts anticoagulants tuent en trois à sept jours. Pendant ces quelques jours, le rongeur intoxiqué devient lent, désorienté, facile à attraper — donc une proie de choix. La chouette effraie, la buse, l’hermine, le hérisson, le chat et le chien qui le mangent s’empoisonnent à leur tour : c’est l’empoisonnement secondaire, et il est massivement documenté chez les rapaces. Vous détruisez ainsi vos propres alliés, et la population de mulots repart de plus belle une fois le poison consommé. Le risque direct existe aussi : un chien peut avaler l’appât lui-même. Un antidote existe chez l’animal (la vitamine K1), mais il exige un vétérinaire sans délai — n’attendez pas les saignements pour appeler, à ce stade il est souvent trop tard. En pratique, dans un jardin, l’appât empoisonné n’a pas sa place.

Ajoutons que l’usage des anticoagulants en plein air est strictement encadré. Ils doivent être placés en poste d’appâtage sécurisé et fermé, et le traitement en plein champ relève de dispositifs agricoles réglementés — pas d’un jardin de particulier.

Dans la maison : le mulot d’automne

Contrairement à la souris grise, le mulot n’est pas un animal des maisons : il y entre quand le froid arrive, en octobre-novembre, pour l’hiver. Le traitement est le même que pour la souris, avec une règle qui commande tout : un rongeur passe par un trou de 6 mm, le diamètre d’un crayon. Tant qu’il reste une ouverture de cette taille, vous piégerez sans fin.

Protocole

  1. Confirmez l’espèce. Grands yeux, grandes oreilles, longue queue, ventre blanc, il saute : mulot. Trapu, oreilles minuscules, queue courte, racines rongées : campagnol, et le traitement diffère.
  2. Coupez la nourriture. Graines pour oiseaux, semences, croquettes, bulbes stockés, noisettes, pommes : en boîtes métalliques ou en bocaux de verre. Le sac de graines pour oiseaux posé au garage cause à lui seul la moitié des invasions de remise.
  3. Trouvez les entrées et colmatez : passages de gaines et de tuyaux, grilles d’aération, bas de porte, jonction toiture-mur, soupiraux. Laine d’acier tassée puis mortier ou mastic, grillage à maille de 5 mm sur les aérations.
  4. Piégez à la tapette, six à dix pièges pour une remise ou des combles, le long des murs, perpendiculairement à la cloison. Appâtez au beurre de cacahuète, à la pâte de noisette ou à une graine de tournesol collée : le mulot est granivore, c’est là son point faible. Relevez chaque matin.
  5. Protégez la voiture si elle dort dehors : pas de graines stockées à côté, pas de stationnement dans l’herbe haute, et ouvrez le capot de temps en temps.
  6. N’utilisez pas d’appât empoisonné dans les combles ou les cloisons. L’animal ira mourir hors de portée, l’odeur durera deux à quatre semaines, et vos prédateurs comme vos animaux domestiques sont exposés.
  7. Ne comptez pas sur la mousse expansive seule. Rongée en une nuit, elle sert même de matériau de nid. Toujours de la laine d’acier dessous.

Les répulsifs, honnêtement

  • Ultrasons. Aucune efficacité démontrée, accoutumance rapide, et les ondes ne traversent ni les murs ni le sol. Le produit le plus vendu du rayon et le moins utile : 15 à 60 € pour rien.
  • Menthe poivrée, huiles essentielles, camphre. Effet faible et très court, à renouveler après chaque pluie. Peut protéger un tiroir de semences, ne videra jamais un grenier.
  • Poils de chien, marc de café, poivre. Rien de démontré : un animal affamé passe outre.
  • Répulsifs granulés du commerce. Ils déplacent le problème au mieux, et certains sont toxiques pour les animaux domestiques — lisez la composition avant d’en répandre là où passe votre chien.

Retenez la règle : contre les rongeurs, une barrière physique bat toujours un répulsif. Cinq euros de grillage à maille fine feront plus qu’un appareil à cinquante euros.

Quand la lutte dépasse le jardinier

Un mulot dans la remise, une ligne de pois déterrée : cela se règle seul, avec du grillage et deux tapettes. Faites appel à un professionnel si les rongeurs sont installés dans les cloisons ou les combles d’une maison habitée et que vous n’identifiez pas l’entrée, ou si la population est manifestement importante (crottes en abondance, câbles rongés).

Comptez 150 à 400 € en maison individuelle, en général deux passages. Exigez que le devis mentionne l’inspection et le colmatage des accès : une entreprise qui pose des appâts sans regarder vos gaines vous vend un abonnement.

S’il s’agit en réalité de campagnols terrestres dans un verger, le sujet change de nature. On passe à un piégeage spécifique dans les galeries, un travail long — et le poison y est encore moins pertinent qu’ailleurs.

Questions fréquentes

Comment savoir si c’est un mulot ou un campagnol qui mange mes bulbes ?

Regardez quand et comment. Si les bulbes disparaissent dans les jours qui suivent la plantation, avec de la terre remuée et de petits trous nets, c’est un mulot : il a suivi l’odeur de la terre fraîche. Si les bulbes anciens ne sortent plus au printemps et que vous retrouvez, en creusant, des tuniques vides et des galeries horizontales aplaties, c’est un campagnol : il a mangé sous terre, sans jamais se montrer.

La parade immédiate est la même — panier grillagé ou gravier au-dessus du bulbe — mais la suite du traitement diffère.

Un chat suffit-il à régler le problème ?

Il aide beaucoup autour des bâtiments, où il maintient une pression permanente, et un bon chasseur peut vider une remise. Mais il ne protégera pas une planche de semis à l’autre bout du jardin, et il ne va pas dans les galeries. Un élément du dispositif, jamais le dispositif entier — et il prélève aussi des oiseaux et des lézards.

Faut-il supprimer le paillage à cause des mulots ?

Non : ce serait sacrifier un bénéfice réel (humidité, vie du sol, moins de désherbage) pour un gain incertain. Ajustez plutôt. Dégagez le paillage du collet des arbres et des plants fragiles sur une vingtaine de centimètres, allégez-le en hiver là où vous constatez des dégâts, gardez une bande rase entre le paillis et vos semis.

Le paillage n’attire pas les mulots : il les protège une fois qu’ils sont là. Ce sont vos tas de bois, vos herbes hautes et vos réserves de graines qui les font venir.

Les mulots reviennent chaque automne, est-ce normal ?

Oui. Le mulot vit dehors, dans les haies et les lisières, et il cherche un abri chaud dès les premiers froids : remise, garage, combles. C’est une arrivée saisonnière, pas une colonie installée. Le bon geste est donc préventif et se joue en septembre-octobre : colmatez avant l’entrée, mettez les graines sous clé, et vous n’aurez rien à piéger en décembre.

Peut-on les attraper vivants et les relâcher ?

C’est possible avec des pièges-nasses, et plus défendable que pour la souris grise, puisque le mulot est un animal sauvage : relâché dans un bois, il survivra. Deux conditions cependant. Relâchez-le loin — sous quelques centaines de mètres, il rentre chez vous — et relevez le piège chaque matin, car un petit rongeur enfermé sans eau meurt vite. Cela ne règle rien, du reste, tant que le trou de 6 mm reste ouvert.

Tableau comparatif de la taupe (Talpa europaea) et du campagnol terrestre (Arvicola amphibius) : régime alimentaire, forme du monticule, profondeur des galeries, dégâts, test de la galerie ouverte, erreur classique et conduite à tenir.
La taupe rebouche une galerie ouverte en quelques heures. Le campagnol la laisse béante. C’est le test le plus fiable du jardin.Infographie comment-se-debarrasser.info — reproduction autorisée avec un lien

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